dimanche 4 octobre 2015

Atelier des jolies plumes #4 : Retour aux origines



Les jolies plumes   

OCTOBRE 2015


Où en étions-nous, la dernière fois que nous avons discuté?
     Ah oui!
    Je me souviens, je venais de la recroiser, Elle, qui avait fait chavirer ma vie. Du moins, elle avait récupéré un nom, Elana. Mais, aurait-elle pu s'appeler Katerina, elle aurait sans doute fait moins de ravage, ou cela aurait été annonciateur.

    La névrose devenait bien trop grande, d'autant qu'elle semblait être comme le brouillard. Nous le voyons, il est là, mais est insaisissable. Elena était donc là, croisant parfois ma route entre deux métros, au coin d'une rue, mais je n'arrivais pas à la voir, à l'avoir. Cette femme qui m'avait torturée indirectement durant des mois continuait son supplice, sans vraiment s'en apercevoir. Sans doute a-t-elle des réactions normales. Elle était cordiale, enthousiaste mais pas trop. Même s’il y avait quelque chose en plus quand elle m’a donné sa carte. Ce quelque chose qui fait revenir les morts dans le monde des vivants. Cette lumière qui a attisé ma folie pour Elle, pour elle.  
    Il est clair qu'on ne peut sortir, se confier, voir régulièrement quelqu'un qu'on ne connaît pas. La personne en face pouvait être folle à lier, il faut croire que je le suis devenu. Mais je gardais espoir, encore et toujours. Rien n’était encore joué, je ne pouvais avoir perdu d’avance.
7 secondes de fureur intérieure à l'imaginer s'abandonnant dans les bras d'un autre homme. Soie qui se déchire. Sang qui gicle. Frissons.

    Cet état n'avait que trop duré. J'avais déjà perdu mon ex épouse dans ce combat. Rétrospectivement, c'était une bonne décision. J’avais toujours eu le doute secret que notre amour ne durerait pas, que tout était allé trop vite. C’est dans ce genre de cas où je la remercie presque de n’avoir voulu d’enfants. La séparation aurait alors fait beaucoup plus de dégâts.
    Mais j’étais là, pensant toujours à cette femme quasiment inconnue. Il ne fallait pas que je perde ma santé mentale, déjà étiolée par ce chamboulement. Je devais me retrouver, que je retourne là où je me suis construit.
    J'ai donc décidé de faire mon sac avec le minimum syndical dedans. Cela se résumait donc à 3 pulls en laine, le même nombre de boxers, un jean, un calepin, un style et 3 bouteilles de vin. Quand je vous disais que je partais léger ! Mais c’était largement suffisant pour l’endroit dans lequel j’allais passer ce long week-end. C’est ainsi, qu'après une demi-journée de route, je me suis retrouvé au milieu d'une forêt de pins. Malgré la fin d'hiver rude, elle semblait encore assez dense et touffue.
     Toutefois, la brume ajoutait quelque chose de pensant à son atmosphère. N'importe quel ado attardé aurait alors fait une référence au dernier film d'horreur à la mode. Sans doute suis-je trop vieux ou trop désaxé mais cette ambiance me plait. Il faut dire que j'étais enfin chez moi, ce qui m'emplie d'un sentiment de réconfort. Malgré le froid, j'ai eu la sensation que cet environnement était enveloppant pour moi, comme quand vous rentrez dans un bon bain chaud en plein hiver. J'ai eu alors confirmation d'avoir fait le bon choix en venant ici. Au loin, se dessinait légèrement les contours d'une cabane en bois. C'est là que se déroulerait mon séjour.

    Elle fut construite il y a des années de cela par mon grand-père. Il voulait alors un refuge pour ces longues journées de pêche ou de chasse. Durant tout un été, il s'est alors attelé à la lourde tâche de la fabriquer de ses mains. Et son labeur fut transmis de génération en génération aux mâles de la famille. C'était ainsi l'occasion de regroupement entre générations autour de l'alcool et la bonne chair. J'adorais ces moments. C'est d'ailleurs là, que j'ai compris ce que je voulais faire de ma vie. Cette forêt m'ayant alors inspirée de nombreux écrits. Elle faisait également écho aux paysages que j'avais pu lire chez de nombreux auteurs romantiques. Ayant une meilleure visualisation, cela renforça mon amour de ce lieu, me donnant en retour l'amour de la littérature. 
     Mon père m’avait transmis les clés définitivement quelques jours avant mon mariage. Il faut dire que ce doute concernant mon amour pour Anne était déjà présent. C’est pour ça que j’étais déjà venu me réfugier ici, quelques jours avant la date fatidique.

     En passant le pas de la porte, j’entendis presque la voix de mon père ce jour-là, qui d’un air grave s’était posé à côté de moi, en face de la cheminé. Il avait alors passé son bras autour de mes épaules pour me dire : 
« Fils, je crois savoir pourquoi tu es là, présentement. Mais sache qu’elle t’aime. Elle t’aime non pas seulement pour ce que tu es, mais pour ce que tu as choisi d’être. Elle t’a soutenu dans des moments forts de ta vie, là où des amours fugaces seraient partis. Alors ne la lâche pas pour des motifs comme ça, surtout maintenant. Peut-être que tu as raison, votre amour ne durera pas, elle n’est peut-être pas ton âme sœur ni la femme de ta vie, mais n'aies pas le regret. Si vous vous séparez, tu n’auras pas regretté d’avoir vécu cette histoire, je t’assure. »
    Je le vois à nouveau avoir ce rire, le secouant de tout son corps pour détendre un peu l’atmosphère en me disant que de toute manière le vin étant payé, je devais passer l’épreuve du feu et ne pas me mettre une cuite en public. Et c’est comme ça, par une belle journée de septembre que j’ai dit oui à cette femme. Grâce à mon père, cette cabane et du vin.
    Me voilà donc seul, sans cette femme mais avec du vin. J’ai alors réalisé que mon père avait raison. Je n’avais pas de regret : ni des instants vécus, ni de l’avoir quittée. Sans doute devais-je faire la même chose avec Elena. Je devais déjà vivre, ne plus me voiler la face, dans une tentative désespérée de ne pas devenir fou. Et pour cela, il fallait que j’arrête de me tourmenter, ne pas espérer trop d’elle. Mais je devais vivre sans regrets, ne pas laisser passer ma chance. Malgré mon âge, j’ai encore du charme, sans doute. Sinon n’aurait-elle pas donné sa carte de cette manière.
    Frissons. Son souffle chaud dans ma nuque.
   C’est plein de bonnes résolutions que j’ai passé le reste de mon temps écrire, à me nourrir de mes sentiments et de ces lieux pour façonner mon prochain roman. J’étais alors ivre d’amour, d’idées et de Chardonnay. Soudain, mon portable sonna.
« Bonsoir, j’espère que je vous dérange pas, c’est Elena. Jacques m'avait donné votre numéro après la conférence… Hum... C’est un peu étrange de vous appeler comme ça, mais je pensais à vous. Enfin, je me disais que si vous le voulez, on pourrait allez boire un verre un soir. »


Le thème de ce mois-ci était "Face à la nature changeante et ce besoin déjà de quitter la ville, de se ressourcer après ces semaines comptent-triple de reprise, nous emmenons vos héros tout au bord, seuls ou accompagnés, face à l'immensité des paysages tout devant et tout autour, face à l'étroitesse des sous-bois, face au vide, face aux plaines, face à leurs limites, face à leurs pensées. A quoi pensent vos héros au creux de ces chemins pris comme pour s'échapper ? Pourquoi ont-ils entrepris ce voyage ? Que ressentent-ils face à ces paysages lointains?" 
Vous voulez participez, envoyez un mail à latelierdesjoliesplumes@gmail.com vous verrez, elles sont adorables. 

PS: Petit changement dans notre emploi du temps de publication. Notre rendez vous du dimanche est toujours maintenu, mais celle du mardi est déplacé au mercredi! J'espère que cela vous conviendra. Je vous embrasse. Pour vous,

AJC <3

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