dimanche 1 novembre 2015

Atelier des jolies plumes #5 : Un nouveau point de vue


Atelier des jolies plumes


      Pour écrire une histoire d'amour, ne vaut-il mieux pas être deux? Vous avouerez que sinon, cela n'a pas grand sens! C'est pourquoi j'ai pris l'initiative de prendre la place de Luc, l'espace d'un instant. Vous avez commencé à saisir ce qui se tramait de son côté. Je me suis dit qu'il serait intéressant que vous connaissiez le mien. Vous ne m'en voulez pas, hein?

    Reprenons depuis le début! Je crois que nous pouvons passer outre la phase de présentation, vous connaissez déjà mon prénom : Elena. Quelques semaines avant la conférence où j’ai croisé la route de Luc, j'ai eu un accident de voiture. Est ce qu'il fut grave? Je n'en ai plus le moindre souvenir. Cela prouve bien que cela fut assez violent. Pour tout vous dire, la conférence était ma réelle première sortie depuis cet événement. Il me semble qu'elle a eu lieu facilement un mois et demi après. Toutefois, les dates ne me sont pas restées en mémoire. Elle effectue des tris singuliers depuis ce moment-là. Mais ce n'est qu'un détail. Revenons à ce qui vous intéresse.
    Je me souvenais avoir lu des écrits de cet homme plus âgé que moi. Du moins, c’est l'image mentale qui m’était apparue en ré-entendant son nom. Il me semblait être un homme de facilement 30 ans de plus que moi. Cela expliquait sans doute le sentiment que j'éprouvais. Ses écrits, ces romans et ses travaux de recherche qu’il avait effectués pour sa thèse semblaient m'avoir profondément marqués. Du moins, il devait faire écho à une partie de moi que je n’avais clairement intérêt à oublier. Ainsi, pour écrire des choses aussi fondamentales pour le subconscient de quelqu’un, l'auteur devait avoir acquis la sagesse nécessaire aux fils des années. D'où, a priori, la grande différence d'âge que je nous donnais.

     C'est pour ça que je suis allée à cette conférence l'empli de sentiments contradictoires. Il faut réaliser que depuis ce temps, je ré-apprivoisais ce monde inconnu. C'était à la foi angoissant, car pas mal de codes m'échappaient encore. Cela créé donc un décalage avec mes semblables. Je n'avais gardé aucune séquelle physique de mon accident. Les personnes autour de moi ne pouvaient se douter que je ne savais, à ce moment-là, qui je devais vouvoyer de qui je devais tutoyer. A posteriori, heureusement que Luc n'est pas venu me parler ce jour-là. Il n'aurait pas été déçu du voyage! Mais cette situation était également fascinante puisque cela me permettait de tout appréhender d'un regard nouveau. J'avais gardé des traces de mon passé. On oublie rarement 24 ans comme ça. Du moins, on en garde des traces, plus ou moins conscientes. Cela me donnait donc une idée de la façon dont je pouvais voir les choses. J’avais toutefois le choix de modifier les lunettes à travers lesquels je vois le monde.
    Apprendre, réapprendre étant devenu ma principale priorité, cette conférence était réellement salutaire. Elle me permettrait d'appréhender le domaine qui me faisait vibrer avant cet épisode malheureux : la littérature. N'avais-je pas fini ma thèse sur ce sujet? Il semblerait bien que oui, vue les réactions de mes proches.
     Parlons-en "des proches". J'avais gardé le souvenir de ceux qui avait marqué au moins 10 ans de ma vie. Mes parents, ma meilleure amie que je considère comme ma sœur de cœur. Il ne me fut pas trop compliqué de me souvenir de qui ils étaient et ce que j'éprouvais pour eux. Pour le reste, ce fut compliqué, beaucoup plus compliqué. Surtout pour Laurent. C'est un beau jeune homme, avec un sourire ravageur. Il paraît que je l'avais rencontré dans un bar suite à ma thèse. Mais je n'en ai aucun souvenir. Le plus triste est que je semblais vraiment aimer cet homme, en témoigne les messages que j'ai pu lui envoyer. Les photos prises où nous sommes tous les deux sont également des preuves indéniables. Rien ne refait ne surface, le néant. Même pas une petite flamme. Il a tout ce dont une femme peut rêver mais non chez moi ça ne prend pas. Du moins, ça ne prend plus.

    Je suis donc arrivée à une conférence, un peu apeurée mais impatiente de retourner à la réalité. Pour chance, le retour n'aurait pu être plus parfait. Je fus transportée, émerveillée. Je me sentais à nouveau moi. Je me suis enfin retrouvée dans mon milieu. Même ci certaines choses m'échappaient encore, ce n'était pas grave. Je savais que j'allais re-comprendre un jour sinon tant pis. C'est que cela ne devait être si important que ça.
    Et puis il y eu ces yeux verts. Ce qui est drôle dans cette histoire est qu'il a eu un moment d'absence en voyant les miens, au même instant donc. Celui-ci avait d'ailleurs trouvé les mots justes concernant mon regard. Or, j'aurai pu dire quasiment la même chose le concernant. Ces yeux verts, ont quelque chose de froid, glaçant. Cela a dû en éloigner plus d'un de manière préventive. Il faut dire qu'il n'a clairement pas l'allure du roi du Kung Fu. Mais derrière cette barrière, ce mur, se cache de vraies failles. Elles expliquent pourquoi, il y a une vrai maturité, une réflexion dans les travaux de cet homme.
     Je fus tout de fois surprise, il était plus jeune que je l'imaginais. Suite à cela, mon état d'esprit changea quelque peu. Le respect était le même, voire encore plus grand. Il fallait être vraiment doué pour avoir écrit ça assez jeune. Mais il ne devenait plus aussi inaccessible. Une pensée me traversa. Si on m'avait annoncé qu'il était Laurent, que c'était avec lui que je faisais ma vie, là j'y aurais cru bien cru. Je ne connaissais pourtant rien de cet homme. Il n'était clairement pas le genre que j'avais pu fréquenter aux dires de mes amis, mais c'était lui. J'ai eu la sensation que je pouvais traverser des mers pour suivre ce regard. Même si tout n'allait pas être aussi simple, ce regard avait tout changé. Il fut le point de départ, il est le socle. « Parce que c'est lui, parce que c'est moi. »

Cet article fut écrit dans le cadre de ma participation à l'atelier des jolies plumes. Le thème de ce mois-ci était "Ce mois-ci, nous vous invitons à écrire une histoire d'amour. Le début, la fin, le milieu, l'entier, dans l'ordre, le désordre, l'avant, l'après, c'est vous qui choisissez. Elle peut être magique, tragique, héroïque, fantastique, surréaliste, ancrée, légère, difficile, passée, présente, future, c'est votre histoire et nous avons hâte de découvrir les traits que vous lui donnerez..."
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